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26
Avril,
Un regard sans préjugé, un regard
démuni, qu'est-ce que je vois? Ce que je vois avec mes yeux,
avec ma tête,
avec mes mains, avec mes nerfs?
10 classeurs de même taille existent.
4 nouveaux ouvrages en cours...
Essais de mise au mur de feuilles extraites, essais de mise à plat
de feuillets.
Au sol, des boules de papier enrobées d'argile. Vite,
trés vite,
éviter de trop réfléchir,
utiliser de nouveaux outils:
semelles de bois traversées de clous,
tridents,
bistouris,
scalpels,
perforer, creuser, éplucher, découper, prolonger la main,
déformer le pied.
Pas une absence d'idées, ni de sens, mais une façon d'être
permettant de découvrir sa propre gestuelle et des perceptions
nouvelles.
Lors de ces épreuves et de ces jeux, mon interlocuteur favori reste
le papier. Avec lui, tout est possible, sa qualité majeure est d'être
résistant et fragile à la fois.
Scarifié, soigné, meurtri, fardé, il peut devenir
une boite où le contenu et le contenant ne font qu'un, un cahier
où la limite
du dehors et du dedans reste obscure, un plan d'informations protégé par une
membrane en cire, en argile.
Nous nous parlons beaucoup mon papier et moi.
Souvent, ce sont des mots muets qui s'imposent.
S'ils ne l'étaient pas, à quoi bon toute cette artillerie
que je déploie pour engager un dialogue.
Aprés de multiples opérations qui le font passer de l'inertie à l'état
vivant, mon papier devient une entité à part entière,
un morceau de réel, ouvert de tous côtés jusqu'au
coeur.
Dominique De Beir
26 April,
A bare glance whithout prejudice,
what do I see ? Is it what I see with my eyes, my mind, my hands
or my nerves ?
10 files of the same size are achieved.
4 new outstanding works ...
Tests of setting to the wall of extracted sheets, tests of setting
flat some pages.
On the ground, some balls of paper coated with clay, fast, very fast,
avoid thinking too much.
Use new tools:
wooden soles pierced by nails,
tridents,
bistouries,
scalpels,
drill, dig, peel, cut, extend the hand, distort the foot.
It is not an absence of ideas, nor of meaning, but a way of being
which allows me ta find out my own body movements and new perceptions.
During these tests and these games, my favourite interlocutor remains the
paper.
With him, everything is possible, his major quality is to be resistant
and fragile at once.
Scarified, nursed, bruised, made up, he can turn into a box of which contents
and container are as one, a paperbook where the limit of the outside and
of the inside keeps being vague, a source of information protected by a
clay or
a wax
membrane.
My paper and I, we do a lot speak ta each other. Most of the time this
silent dialogue is greatly demanding.
If they were not, what would be the use ta display ail this artillery ta
initiate a conversation.
After many operations which bring him from inertness ta a living state,
my paper becomes a full entity, a piece of reality, opened on ail sides
ta the
bottom
of depth, up ta the heart.
Dominique De Beir (traduction Jasmine Staadal)
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« En
1996, mon père a perdu la vue.
Cette année là, nous avons essayé d’apprendre
ensemble
le braille. Je dois avouer que cet apprentissage fut un échec, notre toucher était
grossier, paresseux, nous en sommes restés à une compréhension
sommaire, mon père a davantage développé son ouie.
C’est à cette période, qu’un champ
d’action s’est
offert à moi : avec un stylet, j’ai commencé à recouvrir
des cahiers de perforations, une écriture étrangère pour
les yeux et les doigts.
Dans mes travaux actuels, chaque dessin s’accompagne d’une
bande sonore, enregistrements des sons produits par les outils et les gestes
qui l’ont
réalisé.
Que voit-on lorsque l’on écoute les sons?
Que voit-on lorsque l’on touche mes dessins ?
Que voit-on lorsque l’on touche mes dessins en écoutant
les sons ?
J’aimerai poser ces questions à des personnes aveugles.»
Dominique De Beir, Valenciennes, octobre 2003
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Depuis
1997, je broie, perfore, plie divers types de papier. Ces
opérations techniques amènent une mécanique de gestes,
de perceptions
nouvelles non pas inventées mais qui font appel à la mémoire
instinctive.
"Cette gesticulation technique primordiale" comme
l'écrit Leroi-Gourhan permet de communiquer avant tout
avec la réalité Physique.
Plutôt que de voir mes actions comme des opérations
provoquant la
destruction , même si en effet ma gestuelle est plutôt énergique,
j'y vois davantage une identification, une mise en place d'une possible reconversion
de matériaux, une forme de recyclage.
Je réutilise des matériaux, les modifie, les
anime, crée des formes
informes dont on ne sait pas exactement ce qu'elles sont.
Face à mon travail, le visiteur se trouve devant un
paysage dévasté ou une construction en devenir, le non-sens est
que l'on perçoit une série d'actes absurdes pour arriver à un
résultat déroutant.
Peut-être faut-il en passer par la destruction pour
se modeler.
Freud affirme que mêmes adultes nous conservons
au fond de nous mêmes la mémoire de la façon dont nous
percevions l'univers quand nous étions enfant et que nous avons
tous au cours de notre développement individuel traversé une
phase correspondant à une forme d'animisme qui laissent des traces
en nous toujours capables de se réveiller.
Mes recherches m'amènent à m'interesser à la
notion de fragments, de formes inachevées que l'on trouve dans
l'univers des ruines, des déchets, en général des
restes rejetés de tous.
Dominique De
Beir, 2002 |